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LES FONDS SOUVERAINS |
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| Perspectives (le 27/11/2007 à 22h35) |
 Les fonds souverains sont désormais des acteurs importants de la finance mondiale. Ils permettent aux gouvernements qui les ont créés d'investir un surplus de richesse pour garantir un revenu futur, lorsque les temps seront plus durs. Plutôt que de gaspiller l'argent de sa manne pétrolière, le gouvernement norvégien l'investit dans des actifs financiers. Ceux-ci lui fourniront un revenu appréciable si le prix de l'or noir redescend ou quand ses gisements seront épuisés. Plus de 320 milliards de dollars ont ainsi été investis par Oslo sur les marchés internationaux. La plupart des pays exportateurs de pétrole font de même. Abu Dhabi possède le plus important fonds souverain, d'un montant d'environ 625 milliards de dollars. Le fonds souverain russe disposerait de 128 milliards, le fonds koweïtien de 213 milliards de dollars. Les puissances économiques émergentes comme la Chine, qui s'enrichissent en exportant et accumulent ainsi de vastes réserves de devises, ont également créé leurs fonds souverains, suivant l'exemple des pays pétroliers. C'est ainsi que China Investment Corp a récemment vu le jour, doté de 200 milliards de dollars, une somme qui pourrait croître rapidement, car le montant total des réserves chinoises est astronomique (1.400 milliards de dollars). La Corée du Sud et Singapour investissent une partie de leurs réserves - traditionnellement placées dans des actifs liquides à bas rendements comme des bons du Trésor américain - dans des fonds souverains. Au total, on estime que les fonds souverains détiennent aujourd'hui 2.200 milliards de dollars, une somme à peu près égale au PIB français et déjà plus importante que la capitalisation globale des « hedge funds ». Avec la flambée des prix du pétrole et des matières premières, la croissance des fonds souverains sera impressionnante : 14 des 20 plus gros fonds ont le pétrole ou les matières premières comme principale source de revenu. Les banques d'investissement prévoient que la valeur totale des fonds souverains quadruplera ou même sextuplera d'ici à 2015. Cela pose-t-il problème ? Oui, très certainement. Ces fonds sont contrôlés par des Etats et pourraient bien être utilisés à des fins géopolitiques et non commerciales. Ils donneraient alors à certains gouvernements des moyens de pression allant bien au-delà des méthodes diplomatiques habituelles. Imaginons un instant que le fonds souverain russe fasse des achats stratégiques dans le secteur énergétique européen. L'Europe de l'Ouest ne risquerait-elle pas alors de se trouver dans une situation similaire à l'Ukraine, avec un approvisionnement énergétique dépendant du bon vouloir de Moscou ? Que penser d'un achat possible de chaînes de télévision européennes par des fonds émanant d'Etats totalitaires où la liberté d'expression n'est pas garantie ? Ces menaces sont réelles. Une bonne partie des fonds souverains opèrent actuellement dans des conditions très opaques. Ils ne divulguent pas le montant exact de leurs ressources et encore moins les actifs dans lesquels ils investissent. Et ils appartiennent à des Etats qui sont loin d'être des démocraties modèles. Le G7, réuni à Washington la semaine dernière, a appelé les Etats investisseurs à respecter un code de bonne conduite. Il demande en particulier aux fonds souverains plus de transparence. Il serait également souhaitable que ces fonds prennent des positions diversifiées en achetant un petit nombre d'actions dans de nombreuses entreprises plutôt que d'effectuer des achats concentrés dans quelques entreprises clefs en vue d'une prise de contrôle. Le fonds norvégien suit exactement ces principes. Mais il n'y a aucune garantie que les autres pays fassent volontairement de même. La seule façon de réguler ces fonds serait d'avoir une coopération internationale efficace qui force les Etats investisseurs à appliquer les règles de bonne conduite. Malheureusement, il est douteux qu'une telle coopération puisse exister. Il y aura toujours certains pays prêts à transiger avec ces principes pour attirer des capitaux. C'est pourquoi il paraît bien difficile de pouvoir exercer un vrai contrôle international sur des fonds (trop) souverains. |
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